
Série projetée sur le plateau d’Artemisia Vulgaris, mise en scène de Marine Bachelot, Festival Mettre en scène, Théâtre National de Bretagne, novembre 2008.
Marine Bachelot, auteur et metteur en scène de la Compagnie Lumière d’Août, m’a invitée en 2006 à réaliser une série de photographies pour le spectacle Artemisia vulgaris, qui fictionne sur le destin d’une femme parcourant la planète à la rencontre de chefs d’État et dictateurs du monde entier. Cette femme met son corps en jeu, pour aller au-devant d’un mystère : celui de l’exercice du pouvoir et de la « destruction politique des corps » qui lui est souvent associée.
Dans cette série, j’aborde la question du décor, celui que constitue notre environnement quotidien. J’ai donc cherché des lieux qui pouvaient être la métaphore de certains aspects du monde contemporain : les tensions entre les nations, le pouvoir de la religion, incarné dans l’architecture monumentale des lieux de culte, la femme comme objet de consommation. Espaces aux perspectives effrayantes auxquels le corps n’a pas accès, salon peint en trompe l’œil ou chapelle reconstituée, ce sont des décors illusoires qui invitent en vain les hommes à se réunir. Les corps qui n’ont pas déserté cet univers sont statufiés ou déshumanisés.
Mes photographies accompagnent la première partie du spectacle, où l’on suit Artemisia dans ses rendez-vous avec des hommes de pouvoir à travers le monde. Elles forment une série autonome et n’ont pas de vocation illustrative : elles viennent accompagner et ponctuer le récit, installer ou contredire l’univers, ouvrir des fenêtres fugitives dans l’espace scénique.